
De nouvelles recherches apportent des éclaircissements variés sur l’impact des soins d’affirmation de genre sur la santé mentale. Deux études récentes, l’une sur la chirurgie et l’autre sur l’hormonothérapie, montrent des résultats contrastés, soulignant la complexité de l’accompagnement des personnes transgenres et non binaires.
Chirurgie d’affirmation de genre : des risques accrus de troubles mentaux post-opératoires ?
Une vaste analyse publiée dans The Journal of Sexual Medicine a étudié les dossiers médicaux de plus de 107 000 personnes diagnostiquées avec une dysphorie de genre entre 2014 et 2024. L’étude a utilisé la base de données TriNetX, regroupant des informations anonymisées de plus de 64 organisations de santé aux États-Unis. Les chercheurs ont comparé des personnes ayant subi une chirurgie d’affirmation de genre avec un groupe similaire n’ayant pas eu recours à la chirurgie, en ajustant les données sur l’âge, la race et l’ethnicité. L’analyse s’est basée sur les diagnostics cliniques enregistrés dans les dossiers médicaux, plutôt que sur de l’auto-déclaration.
Les résultats indiquent une incidence plus élevée de certains troubles mentaux chez les personnes ayant eu recours à la chirurgie. Chez les personnes enregistrées comme hommes à la naissance, celles opérées présentaient un taux de dépression deux fois supérieur (25,4% contre 11,5%) et un taux d’anxiété près de cinq fois supérieur (12,8% contre 2,6%). L’idéation suicidaire et les troubles liés à l’usage de substances étaient également plus fréquents dans le groupe chirurgical. Des tendances similaires ont été observées chez les personnes enregistrées comme femmes : taux de dépression (22,9% vs 14,6%), anxiété (10,5% vs 7,1%), idéation suicidaire (19,8% vs 8,4%) et troubles liés à l’usage de substances (19,3% vs 7,1%) plus élevés après chirurgie.
Ces associations ne signifient pas que la chirurgie cause directement ces problèmes. Les auteurs suggèrent que les personnes optant pour la chirurgie pourraient déjà présenter une détresse psychologique plus importante. Le stress de l’intervention, la stigmatisation sociale persistante et l’accès limité aux soins de santé mentale post-opératoires pourraient y contribuer. Un changement dans la manière dont les diagnostics sont posés après la chirurgie pourrait aussi jouer un rôle dans l’augmentation apparente des troubles enregistrés.
Hormonothérapie : une association avec une baisse des symptômes dépressifs
Contrastant avec ces résultats, une autre étude, publiée dans JAMA Network Open, s’est penchée sur l’impact de l’hormonothérapie d’affirmation de genre. Menée dans deux centres de santé communautaire (Fenway Health à Boston et Callen-Lorde à New York City), cette étude longitudinale (projet LEGACY) a suivi 3 592 adultes transgenres, non binaires et de genres divers sur une période de quatre ans (2016-2019). L’évaluation des symptômes dépressifs s’est faite via le questionnaire PHQ.
Les participants sous thérapie hormonale présentaient un risque 15% inférieur de développer des symptômes de dépression modérée à sévère au fil du temps, comparativement à ceux ne recevant pas d’hormones. Le risque relatif ajusté était de 0,85. L’étude a aussi identifié d’autres facteurs liés à un risque plus élevé de dépression : jeunes adultes, femmes transgenres, personnes non binaires assignées femmes à la naissance, couverture par une assurance publique et vie sous le seuil de pauvreté.
Inversement, certains groupes affichaient des taux de dépression plus bas, notamment les participants d’origine asiatique ou noire, les personnes plus âgées et celles suivies à la clinique de New York. Cette étude suggère un bénéfice potentiel de l’hormonothérapie sur la santé mentale à long terme pour cette population.
Comprendre les résultats contrastés
Les différences observées entre ces deux études peuvent s’expliquer par plusieurs facteurs. L’étude sur la chirurgie s’appuie sur des données cliniques transversales, potentiellement collectées à un moment de vulnérabilité post-opératoire. L’étude sur l’hormonothérapie utilise des données auto-déclarées et un suivi longitudinal, capturant des changements progressifs dans le temps.
Les populations étudiées, l’accès aux soins de santé, le soutien social et les effets biologiques des hormones sont autant d’éléments pouvant influencer les résultats. La manière dont les diagnostics sont posés et enregistrés peut aussi différer selon le contexte et la période de suivi.
Ces recherches présentent des limitations. L’étude sur la chirurgie, bien que basée sur des données cliniques massives, peut souffrir d’inconsistances dans l’enregistrement des diagnostics et de possibles erreurs de classification. Son caractère transversal ne permet pas d’établir de relation de cause à effet. L’étude sur l’hormonothérapie, bien que longitudinale, est observationnelle ; elle montre une association mais ne prouve pas que les hormones causent directement l’amélioration. D’autres facteurs (accès aux soins, soutien) pourraient expliquer le bénéfice observé.
